—Ah çà! sérieusement, Mathilde, est-ce que vous prétendez vous moquer de moi?

—Gontran, quel langage, quel accueil, et pourquoi? Parce que je vous prie de vous associer à une œuvre bonne et utile!

M. de Lancry haussa les épaules avec impatience et me dit sèchement:

—J'ai fait tout ce que j'ai pu pour ne voir qu'une plaisanterie dans cette imagination; mais, puisque vous me forcez enfin de vous parler nettement, je vous dirai une dernière fois que ce que vous me demandez est impossible. Vous m'entendez, complétement et absolument impossible. J'espère que c'est assez clair, et que vous m'éviterez de revenir sur un pareil sujet.

Pour la première fois de ma vie je me révoltai contre la volonté de M. de Lancry, je lui dis très-fermement:—Je regrette beaucoup de n'être pas d'accord avec vous à ce sujet, mon ami, mais ce projet est praticable, je tiens beaucoup à ce qu'il soit exécuté, et il le sera.

Mon mari me regarda d'un air peut-être encore plus surpris que courroucé, et me dit en souriant avec ironie:

—Ah çà! suis-je ici le maître, ou ne le suis-je pas?

—Vous êtes le maître, mon ami: je ne contrarie pas vos goûts; de grâce, laissez-moi la même liberté.

—Peste! comme vous y allez! Comment, que je vous laisse la liberté de gaspiller huit ou dix mille francs par an, et même davantage, pour une fantaisie qui vous passe par la tête, car vous ne savez pas dans quelles dépenses vous jetterait cette belle manie de charité qui vous prend si subitement... Mais, tenez, je suis fou de vous répondre, seulement.

—Si la question d'argent vous préoccupe, mon ami, ne vous en embarrassez pas; j'économiserai sur ce que vous me donnez par mois, et...