—Ah çà! sérieusement, vous vous imaginez que je vais m'empâter ici d'un tas de mendiants et d'enfants? pour avoir la tête rompue des criailleries des marmots et la vue choquée par un ramassis de vieilles femmes infirmes!

—Mais, mon ami, le petit château est éloigné d'ici, et l'on ne peut ni voir ni entendre...

—Allons, allons, vous êtes un enfant gâté... une petite folle,—me dit mon mari avec un sang-froid moqueur qui me navra.—Ne parlons plus de cet enfantillage. Comment! pour le plaisir de jouer à la maîtresse d'école et à la dame de charité, pouvez-vous penser sérieusement à déranger mes gens et mes chiens, qui sont là parfaitement établis?

—Mais, mon ami...

—Voyons, chère petite capricieuse, comment des projets si étranges peuvent-ils vous venir dans la tête? Dites-moi cela bien franchement.

—Comment, Gontran?—dis-je en sentant les larmes me venir aux yeux, car j'étais loin de m'attendre à cet accueil et à ces sarcasmes;—je vais vous dire comment cela m'est venu à l'esprit. J'ai reconnu que vous aviez raison, que je devais faire autre chose que de vous parler sans cesse de ma tendresse; j'ai senti qu'il était presque impie de ne songer qu'à mon amour pour vous, et que, sans vous aimer moins, je devais faire tout le bien que je pourrais faire. J'ai songé que ce serait encore un moyen de vous témoigner mon affection, car c'est le désir de vous paraître encore plus digne de vous qui m'a inspiré cette résolution... Voilà comment cette idée m'est venue à l'esprit, Gontran.

—Sans doute le but est fort louable, ma chère amie, et je comprends que vous ayez ici besoin de distractions. Mais je vous avoue qu'il en est que je préférerais à celle que vous méditez, quoique je doive retirer une partie du profit des bonnes œuvres auxquelles vous m'associez si généreusement. Entre nous, je suis fort le serviteur de vos intentions philanthropiques, mais je choisirai plus tard une autre voie de faire mon salut.

—Mais, mon ami.

—Voyons, je vous en prie, Mathilde, ne parlons plus de cela. Si vous étiez d'un autre caractère, je croirais que vous plaisantez.

—Je parle sérieusement, Gontran, et c'est sérieusement que je vous supplie de m'accorder ce que je vous demande.