—Comment... vous pensez à déloger mes gens du petit château!... Ah çà! c'est une plaisanterie.
—Mais non, je vous assure...
—Allons, allons, ne parlons plus de cela, ma chère amie; il est impossible de mettre mon chenil ailleurs qu'au petit château, le jardin qui en dépend est enclos et excellent pour l'ébat des jeunes chiens et des lices pleines. L'ancien chenil est d'ailleurs très-humide, et n'a qu'une petite cour obscure: vous voyez donc bien qu'il ne faut pas songer à ce changement.
—Savez-vous, mon ami, que je suis presque contente de ce que vous tenez à ce petit château pour vos amusements? votre part sera encore plus méritoire que la mienne dans la bonne œuvre que je médite; car vous aurez fait un léger sacrifice, et moi je n'aurai eu que du plaisir.
Mon mari me parut fort surpris.
—Une bonne œuvre... un sacrifice... Ah çà! ma chère amie, ne me parlez pas en énigmes; qu'est-ce que tout cela signifie?
—Cela signifie que j'ai une excellente idée dont vous allez tout à l'heure me remercier; je veux fonder, au petit château, une école pour les jeunes filles; au rez-de-chaussée, au premier étage, je ferai disposer quelques lits pour les pauvres femmes malades. Trois ou quatre bonnes sœurs suffiront pour ce petit établissement, qui sera sous ma haute surveillance et qui nous vaudra les bénédictions de tous les malheureux du pays; je ferai moi-même la leçon aux enfants, ils auront une moitié du jardin pour jouer, l'autre moitié sera consacrée aux pauvres femmes convalescentes. Eh bien! maintenant, direz-vous encore que vos chiens seront trop mal aux Communs?
M. de Lancry partit d'un éclat de rire qui me déconcerta, et s'écria en s'interrompant pour rire de nouveau:
—Je trouve, en vérité, cette idée fort originale; il n'y a que vous, ma chère amie, pour en avoir de pareilles...
—Comment!...