—Mon Dieu! qu'elle est belle! qu'elle est belle! Emma m'entendit, baissa ses longs cils; son jeune et frais visage devint d'un rose vif.

—N'est-ce pas?—me répondit involontairement madame de Richeville avec une exclamation de fierté radieuse. Puis elle me regarda d'un air inquiet, sa figure pâle et amaigrie se couvrit aussitôt de rougeur. Après quelques moments de silence, elle me dit:

—Votre excellente Blondeau est-elle ici?

—Oui, sans doute.

—Eh bien! voulez-vous être assez bonne pour la faire demander; je désirerais causer avec vous; pendant ce temps-là je lui confierai Emma pour qu'elle lui fasse voir votre parc, qu'on dit charmant.

Je sonnai, j'envoyai chercher Blondeau; elle emmena bientôt mademoiselle de Lostanges, que madame de Richeville ne put laisser partir sans la baiser au front.

—Ah! pauvre malheureuse enfant!—s'écria madame de Richeville lorsque nous fûmes seules...—j'ai tout appris; votre mari devait de l'argent à cet infâme Lugarto, celui-ci a abusé de la dépendance où se trouvait M. de Lancry à son égard pour vous compromettre affreusement; il y a eu un duel... où ce misérable a été blessé...

Ces mots de madame de Richeville me prouvèrent qu'elle ne savait rien, ni de la honteuse action de Gontran, ni des scènes de la maison isolée. Je fus heureuse de la discrétion de M. de Mortagne. Il m'eût été pénible d'avoir à rougir de mon mari.

—En effet, madame, M. Lugarto nous a fait autant de mal qu'il a pu; mais, Dieu merci, il est hors de France à cette heure... Mais, vous-même, n'avez-vous pas à vous en plaindre aussi?

—Il m'a fait connaître la plus grande douleur que j'aie ressentie de ma vie.