Je n'insiste sur ces puérils détails d'opulence que pour deux raisons: d'abord, parce que je vis à l'expression des traits d'Ursule qu'elle admirait autant qu'elle enviait ce luxe, et puis parce que cet appareil de fête contrastait douloureusement avec mon chagrin.
J'attendais avec impatience l'apparition d'Ursule. J'étais curieuse de savoir si elle avait à cheval aussi bonne tournure que le disait son mari; j'espérais que cela n'était pas; je désirais qu'il lui arrivât, non pas un dangereux accident, mais quelque mésaventure qui pût la rendre ridicule aux yeux de Gontran, et la punît de son outrecuidance.
Hélas! je n'eus pas cette misérable satisfaction. Lorsque ma cousine nous rejoignit à cheval avec mon mari, je fus forcée de la trouver plus jolie que je ne l'avais jamais vue.
A ce propos, je n'ai jamais compris comment la jalousie niait ou dénaturait les avantages d'une rivale; au contraire, j'ai toujours été portée a me les exagérer. Mais sans exagération, Ursule était si parfaitement élégante et gracieuse à cheval, que je fus sur le point d'en pleurer de dépit.
Je la vois encore: son habit de cheval, de drap bleu foncé, dont la longue jupe traînait presque jusqu'à terre, était à corsage et à manches justes: il dessinait à ravir sa taille charmante; elle portait un chapeau d'homme et un col de chemise rabattu sur une petite cravate de satin cerise; sa jolie figure, si fraîche et si rose, devait à ce costume un air mutin, décidé, qui lui seyait à merveille; ses beaux cheveux bruns encadraient ses joues à fossette. Jamais je n'avais vu ses yeux d'un bleu plus pur, on eût dit que le ciel s'y reflétait comme dans un miroir.
La jument qu'elle montait avec une aisance qui me confondit était d'un bai doré, dont les ardents reflets miroitaient au soleil; ses longs crins noirs ondoyaient et flottaient au vent. Elle semblait heureuse du léger poids qu'elle portait, et marchait d'un pas si cadencé, qu'elle effleurait à peine le gazon.
Gontran montait un cheval de course, noir comme l'ébène, et portait un habit d'équipage à sa livrée, bleu clair, à collet de velours orange, avec des boutons d'argent armoriés en vermeil. Le ceinturon de son couteau de chasse, aussi mi-partie argent et or, serrait sa taille élégante. Enfin, sa cape de velours noir, découvrant ses traits, en faisait encore valoir la finesse et le charme.
La recherche de Gontran me frappa d'autant plus, que pour chasser il était toujours vêtu d'une manière plus que négligée.
Ma cousine voulut s'approcher de la calèche pour me parler. Sa jument, sans doute effrayée par mon ombrelle, refusa d'avancer.
Je l'avoue à ma honte, je fus ravie de ce contretemps qui mettait l'habileté d'Ursule en défaut; mais à mon grand étonnement, je n'ose dire à mon effroi, elle fronça ses jolis sourcils, leva sa cravache et commença de châtier hardiment sa monture.