—En effet, dit mon mari,—ce sourire, cet air de bonheur répandus sur tous vos traits: Mathilde... Mathilde, que signifie?...

—Cela signifie que je sais tout, et que je vous pardonne tout... Oui, mon bien-aimé Gontran... oui... hier sur ce balcon j'ai vu votre bras enlacer la taille d'Ursule... hier j'ai vu vos lèvres effleurer sa joue... Eh bien! je vous pardonne, entendez-vous?... je vous pardonne, parce que vous-même tout à l'heure vous vous accuserez plus amèrement que je ne l'aurais jamais fait moi-même; parce que tout à l'heure, à genoux, à deux genoux, vous me direz grâce... grâce...

—Mais, encore une fois... Mathilde...

—Vous ne comprenez pas? Gontran, vous ne devinez pas?... Non; vous me regardez avec effroi, vous croyez que je raille... que je suis folle peut-être? Mais, à mon tour, pardon... aussi pardon à vous, mon Dieu! car il est mal de ne pas parler d'un tel bonheur si sacré avec une austère gravité. Gontran,—m'écriai-je alors en prenant la main de mon mari,—agenouillez-vous avec moi... Dieu a béni notre union... je suis mère!

Oh! je ne m'étais pas trompée dans mon espoir! les traits de Gontran exprimèrent la plus douce surprise, la joie la plus profonde. Un moment interdit, il me serra dans ses bras avec la plus vive tendresse... Des larmes... des larmes... les seules que je lui aie vu répandre, coulèrent de ses yeux attendris; il me regardait avec amour, avec adoration, presque avec respect.

—Oh!—s'écria-t-il en prenant mes deux mains dans les siennes,—tu as raison, Mathilde; c'est à genoux, à deux genoux que je vais te demander pardon, noble femme, cœur généreux, angélique créature! Et j'ai pu t'offenser! toi... toi toujours si résignée, si douce... Oh! encore une fois pardon... pardon.

—Je vous le disais bien, mon Gontran, mon bien-aimé, que vous me demanderiez pardon... Mais hélas! je le sens... je ne puis plus vous l'accorder; il faudrait me souvenir de l'offense, et je ne m'en souviens plus.

—Ah! Mathilde! Mathilde! j'ai été bien coupable,—s'écria Gontran en secouant tristement la tête.—Mais, croyez-moi, ç'a été de la légèreté, de l'inconséquence; mais mon cœur, mon amour, ma vénération étaient à vous... toujours à vous... Maintenant de nouveaux devoirs me dictent une conduite nouvelle, vous verrez... oh! vous verrez, mon amie... combien je serai digne du bonheur qui nous arrive. Combien vous serez sacrée pour moi... Mathilde!... Mathilde...—ajouta-t-il en baisant mes mains avec ivresse.—Oh! croyez-moi, ce moment m'éclaire, jamais je n'ai mieux senti tout ce que vous valiez et combien j'étais peu digne de vous... Je vous le jure, Mathilde, je vous aime maintenant plus passionnément peut-être que lors de ces beaux jours de Chantilly, que vous regrettez toujours, pauvre femme... Maintenant, je dis comme vous... si vous ne pouvez plus me pardonner l'offense, parce que vous l'avez oubliée; moi je ne puis plus vous demander grâce, parce que je ne puis plus croire que je vous aie jamais offensée.

—Oh! Gontran... Gontran, voilà votre cœur, votre langage... c'est vous, je vous reconnais... O mon Dieu, mon Dieu, donnez-moi la force de supporter tant de bonheur...

—Oui, oui, c'est moi, ton ami, ton amant, Mathilde... ton amant, qui n'étais pas changé; non, non, je te le jure. Mais, grâce à toi, j'étais si heureux, si heureux que je ne pensais pas plus à ce bonheur que je te devais qu'on ne pense à remercier Dieu de la vie qui s'écoule heureuse et facile; et puis si j'étais quelquefois insouciant, capricieux, fantasque, il faut vous le reprocher, mon bon ange, ma bien-aimée: oui, j'étais comme ces enfants gâtés que, dans sa tendresse idolâtre, une mère ne gronde jamais! pour leurs grandes fautes elle n'a que des sourires ou de douces remontrances... Et encore... non...—reprit-il avec une grâce touchante,—non... je cherche à m'excuser, à affaiblir mes torts, et c'est mal... J'ai été égoïste, dur, indifférent, infidèle; j'ai pendant quelque temps méconnu le plus adorable caractère qui existât au monde... Oh! Mathilde, je ne crains pas de charger le passé des plus noires couleurs... l'avenir m'absoudra...