—Ne parlons plus de cela. Gontran, parlons de lui, de notre enfant: quels seront vos projets? Quelle joie, quelle félicité! Si c'est un garçon, comme il sera beau! si c'est une fille, comme elle sera belle! Il aura vos yeux, elle aura votre sourire et de si beaux cheveux bruns, des joues si roses, un petit col si blanc, de petites épaules à fossettes... Ah! Gontran, je délire; tenez je suis folle... je ne pourrai jamais attendre jusque-là!—m'écriai-je si naïvement, que Gontran ne put s'empêcher de sourire.

—Dites-moi,—reprit-il tendrement,—que préférez-vous? Voulez-vous rester ici... encore quelque temps, ou bien nous en aller nous établir à Paris?... Dites, Mathilde... ordonnez... maintenant je n'ai plus de volonté.

—Maintenant, au contraire, mon ami, il faut que vous en ayez et pour vous et pour moi, car je vais être tout absorbée par une seule pensée... mon enfant... Hors de cette idée fixe, je ne serai bonne à rien.

—Puisque vous me laissez libre, je réfléchirai à ce qui sera convenable, ma bonne Mathilde... j'y aviserai.

—Ce que vous ferez sera bien fait, mon ami. Entre autres considérations, n'est-ce pas? vous consulterez l'économie; car maintenant il nous faut être sages... nous ne sommes plus seuls... il faut songer dès à présent à la dot de ce cher enfant, et du temps où nous vivons, l'argent est tant... que la richesse est une chance de bonheur de plus. Voyons, mon ami, comment réduirons-nous notre maison?

—Nous y songerons, Mathilde; vous avez raison. Quel bonheur de remplacer un luxe frivole et inutile par une touchante prévoyance pour l'être qui nous est le plus cher au monde! Ah! jamais nous n'aurons été plus heureux d'être riches.

—Tenez, mon ami, quand je pense que chacune de mes privations pourrait augmenter le bien-être de notre enfant... j'ai peur de devenir avare.

—Chère et tendre amie, soyez tranquille... Je sens comme vous tous les devoirs qui nous sont imposés maintenant... Je ne manquerai à aucun d'eux. Comme vous, Mathilde, cette nuit m'a changé,—ajouta Gontran avec un sourire de grâce et de tendresse inimitable.

Mon mari parlait alors sincèrement. Je connaissais assez sa physionomie pour y lire l'expression la plus vraie, la plus touchante.

Quand il m'exprimait ses regrets de m'avoir tourmentée, il disait vrai: les cœurs les plus durs, les caractères les plus impitoyables ont souvent d'excellents retours; à plus forte raison Gontran était capable d'un généreux mouvement: il n'était point méchant, mais gâté par trop d'adorations.