Encore une fois, je suis certaine qu'alors mon mari redevint pour moi ce qu'il était au moment de mon mariage.

J'étais si forte de cette conviction, il me paraissait si naturel que le goût passager que mon mari avait eu pour Ursule se fût subitement éteint, par la révélation que je venais de lui faire, que sans la moindre hésitation, sans le moindre embarras, je dis à Gontran:

—Maintenant, mon ami, comment allons-nous éloigner Ursule?...

A cette question naïve, Gontran me regarda en rougissant de surprise.

—Cela vous étonne, de m'entendre ainsi parler de ma cousine,—lui dis-je en souriant,—rien n'est pourtant plus simple: je ne ressens à cette heure aucune animosité, aucune jalousie contre elle; je n'ai pas le temps, je suis trop heureuse! elle a été coquette avec vous, vous avez été empressé près d'elle, je pardonne tout cela: ce sont des étourderies de jeunesse dont vous ne vous souvenez plus maintenant, mon tendre ami; je désire seulement que, vous qui avez tant de tact et d'esprit, vous trouviez un moyen d'éloigner Ursule, sans dureté, sans trop la blesser: car, malgré moi, je ne puis m'empêcher de la plaindre; un moment peut-être... elle aura cru que vous l'aimiez...

Gontran me regarda d'un air interdit, il semblait croire à peine ce qu'il entendait.

Après un moment de silence, il s'écria:

—Toujours grande, toujours généreuse: ah! je serais le plus coupable des hommes, si j'oubliais jamais votre conduite dans cette circonstance. Oui, vous avez raison, Mathilde, j'expierai ces étourderies de jeunesse comme je le dois. Il faut que votre cousine parte... qu'elle parte le plus tôt possible; non que je doute de ma résolution, mais parce que sa vue vous redeviendrait pénible une fois votre premier enivrement passé.

—Vous dites vrai, mon ami... vous me connaissez mieux que je ne me connais moi-même. Si vous saviez... j'ai tant souffert à cause d'elle... Mais, tenez... Gontran, ne parlons plus de cela... tout est oublié... Il sera facile à Ursule de déterminer son mari à quitter Maran, il n'a pas d'autre volonté que la sienne... Mais...—ajoutai-je en hésitant,—comment ferez-vous pour amener Ursule à cette résolution?

—Rien de plus simple, je lui dirai tout avec franchise et loyauté.