—Non; cela me ferait mal, je le sens. Un tel avis de ma part l'humilierait amèrement, je ne puis oublier qu'elle a été mon amie... ma sœur...
—Que faire donc? je lui écrirais bien... mais cela est dangereux... et puis il y a mille choses qu'on peut dire et qu'on ne peut écrire; des objections auxquelles on répond de vive voix, et que l'on ne peut détruire que par une longue correspondance...
Après avoir rêvé quelque temps, Gontran s'écria tout rayonnant de joie:
—Oh! Mathilde... Mathilde... quelle bonne idée! voulez-vous une double preuve de ma loyauté et de mon désir de vous faire oublier les chagrins que je vous ai causés?
—Comment cela?
—Cachée quelque part, d'où vous puissiez tout voir et tout entendre, assistez à cet entretien dont votre jalousie s'effraye.
—Gontran... que dites-vous... Ah! cette épreuve...
—N'a rien qui doive alarmer... Une dernière fois, Mathilde, mon ange bien-aimé, je veux tout vous dire, tout vous confier... être aussi franc que vous êtes généreuse... Pardonnez-moi si je vous froisse; j'en aurai le courage, car au moins un loyal aveu détruira, j'en suis sûr, vos craintes exagérées... Vous verrez que j'ai été plus imprudent, plus léger que coupable. Vous verrez que si Ursule a été pour moi très-coquette, que si, de mon coté, je suis sorti des bornes de la simple galanterie, elle n'a pas à rougir d'une faute grave et irréparable... Eh bien! oui, hier, après cette curée aux flambeaux, en plaisantant, j'ai passé mon bras autour de sa taille, j'ai voulu l'embrasser; c'était une légèreté condamnable, je le sais, quoiqu'elle pût peut-être s'excuser par la familiarité qu'autorise la parenté.
—Et à Rouvray... Gontran!
—A Rouvray, comme ici, j'ai fait a Ursule de ces compliments qu'on adresse à toutes les femmes... je lui ai dit qu'elle était charmante, que j'aurais un vif plaisir à la voir longtemps chez nous; elle a accueilli ces galanteries avec coquetterie, mais en riant et sans y voir plus de sérieux qu'il n'y en avait, je vous l'assure... Voilà toute ma confession: Mathilde... pardon, encore pardon.