—Je vous remercie, au contraire, de ces aveux qui me rassurent, mon ami; il vaut mieux connaître la vérité, quelque pénible qu'elle soit, que de s'épouvanter de fantômes souvent plus effrayants que la réalité.
—Aussi, Mathilde, maintenant je vous jure sur l'honneur, sur ce que j'ai de plus cher au monde, sur vous, enfin! que dans cet entretien j'aborderai votre cousine avec un cœur tout rempli de vous, de votre bonté, de votre générosité; que je ne dirai pas une parole sans songer aux larmes que je vous ai fait verser, noble et angélique créature! je vous jure enfin que ce goût passager dont je vous ai fait l'aveu s'est évanoui devant l'intérêt si sacré, si puissant qui rend nos liens plus étroits encore... Mathilde... Mathilde... je serais le dernier des hommes, si l'état dans lequel vous êtes ne suffisait pas pour me commander les plus tendres soins, les plus chers respects; croyez-moi, assistez donc sans crainte à cet entretien, Mathilde, je suis fier de vous prouver que je sais au moins expier les fautes que j'ai commises.
—Oh! je vous crois, je vous crois, mon Gontran bien-aimé; je m'abandonne à vos conseils: oui, j'aurai le courage de cette épreuve.
—Merci... oh! merci, Mathilde, de me permettre de me justifier ainsi, mais je ne veux pas que vous conserviez le moindre doute; l'amour est soupçonneux, je le sais: malgré vous il vous resterait peut-être l'arrière-pensée que j'ai prévenu Ursule, que...
—Ah! Gontran, vous me jugez bien mal.
—Non, non, ma pauvre Mathilde, laissez-moi faire; plus l'explication vous semblera franche, loyale, imprévue, plus vous serez satisfaite. Écoutez-moi donc... vous allez dire à Blondeau de prier votre cousine de venir vous trouver ici. Vous vous mettrez là, dans le cabinet de votre alcôve; cette porte vitrée entrouverte, un coin de ce rideau soulevé, vous permettront de tout voir, de tout entendre. Votre cousine viendra, je lui dirai que vous venez de sortir, que vous la priez de vous excuser et de venir la retrouver dans le pavillon du parc. Pendant quelques moments je la retiendrai ici, puis elle sortira pour aller vous chercher. Alors paraissant hors de votre cachette...
—Alors je tomberai à vos genoux, Gontran, pour vous remercier raille fois de m'avoir rendu en un jour tous les bonheurs que je croyais avoir perdus.
Ainsi que l'avait désiré mon mari, Blondeau alla chercher Ursule.
J'entrai avec un grand battement de cœur dans un des cabinets de l'alcôve; les tendres assurances de Gontran, sa loyauté, tout devait m'empêcher de ressentir la moindre crainte, et pourtant un moment encore j'hésitai.
Il me sembla que je jouais un rôle indigne de moi en assistant ainsi invisible à cet entretien.