Je l'avoue, mes irrésolutions cessèrent, moins dans l'espoir de voir humilier ma rivale, que dans l'espoir ardent et inquiet d'assister à une scène si étrange, si nouvelle pour une femme.
Je connaissais le ton plaintif et mélancolique d'Ursule, je m'attendais à la voir fondre en larmes lorsque mon mari lui signifierait son intention.
Jugeant de l'amour qu'elle devait ressentir pour Gontran par l'amour que j'éprouvais pour lui, je prévoyais que cette scène allait être cruelle pour ma cousine; soit faiblesse, soit générosité, je ne pus m'empêcher de la plaindre.
J'allai même jusqu'à craindre que Gontran, excité par ma secrète présence, ne se montrât trop dur envers elle. Quel réveil pour cette malheureuse femme qui l'aimait tant sans doute et qui se croyait aussi tant aiméé!...
Encore à cette heure je suis convaincue que mon mari était alors sincère dans sa détermination de sacrifier un caprice passager à l'affection sainte et grave que je méritais... Une seule crainte vint m'assaillir: Ursule était si rusée, si adroite; elle savait donner à sa voix, à ses larmes une si puissante séduction que peut-être la résolution de mon mari ne résisterait-elle pas à l'expression de sa douleur touchante.
Ces réflexions m'étaient venues plus rapides que la pensée.
J'entendis les pas légers d'Ursule.
Je me retirai dans ma cachette.