Malheur! malheur! jamais je n'oublierai l'accent ému, passionné avec lequel Ursule prononça ces derniers mots; jamais je n'oublierai la rougeur qui un instant enflamma son visage, comme un reflet de pourpre; jamais je n'oublierai le regard à la fois vague, brûlant, noyé de volupté, qu'elle jeta au ciel comme si elle eût ressenti ce qu'elle venait de dépeindre.

Malheur! malheur! jamais je n'oublierai surtout avec quelle admiration ardente Gontran la contempla pendant quelques minutes: car elle était belle... oh, bien belle ainsi; elle était belle, non sans doute d'une beauté chaste et pure, mais de cette beauté sensuelle qui a, dit-on, tant d'empire sur les hommes.

Malheur! malheur! je vis sur les traits de Gontran un mélange de douleur, de colère, d'entraînement involontaire, qui me dit assez qu'il était au désespoir de n'avoir pas fait éprouver à Ursule ces émotions qu'elle racontait avec une éloquence si passionnée.

Ma terreur de cette femme augmenta: je fus sur le point de sortir de ma retraite, d'interrompre cette scène; mais, emportée par une âpre curiosité, inquiète d'entendre la réponse de Gontran, je restai immobile.

Mon mari semblait fasciné par le regard d'Ursule; il reprit avec amertume:

—En vérité, madame, voici une théorie complète: heureux celui qui la mettra en pratique! Avec vous je vois avec plaisir que j'étais encore moins infidèle envers ma femme que je ne l'avais cru; je m'en applaudis sincèrement, je vous remercie d'être au moins franchement coquette avec moi.

Ursule partit d'un nouvel éclat de rire et reprit:

—Mon Dieu! de quel air découragé votre solennité me parle de sa fidélité conjugale! on dirait que vous éprouvez le remords d'une bonne action, et que vous êtes désespéré de vous trouver si peu coupable...

—Il est vrai, ma chère cousine, je me croyais un peu moins innocent... et je vous croyais un peu plus ingénue...

—Tenez, décidément, vous êtes furieux...