—Moi! vous vous trompez, je vous le jure.

—Vous êtes furieux... vous dis-je... Ah! vous avez cru, mon cher cousin, que vous n'aviez qu'à paraître pour me plaire, pour me subjuguer; mais, j'y pense, ajouta-t-elle en redoublant d'éclats de rire,—vous avez pensé, j'en suis sûre, que blessée d'un trait mortel dès avant mon mariage, lors de votre présentation à Mathilde, et reblessée lors de votre passage à Rouvray, je n'avais jamais eu qu'un but, qu'une pensée, celle de venir vous rejoindre ici ou à Paris... que dans mon empressement à vous faire ma cour, à me ménager de longues entrevues avec vous, j'avais bravement appris à monter à cheval, au risque de me casser le cou, le tout pour mériter un de vos regards, pour vous faire dire en vous-même:—Pauvre petite, quel dévouement, quel courage!—ou bien encore...—Ah! les femmes, les femmes! quand un de ces démons s'est mis en tête de nous séduire, il y réussit toujours.—Quant à cela, entre nous, mon pauvre cousin, vous n'avez pas eu tout à fait tort; car je crois que je vous ai fort séduit... seulement, je ne l'ai pas fait exprès...

—Je vois que je ne suis pas le seul à qui l'on puisse reprocher quelque vanité,—dit Gontran de plus en plus piqué.

—Comment,—reprit Ursule dans un nouvel accès de gaieté,—vous croyez qu'on ne peut sans vanité prétendre à votre cœur! pour vous qui voulez me donner une leçon de modestie, l'aveu est piquant. Eh bien! je vous avoue que, tout en étant certaine de vous avoir séduit, je n'en suis pas plus fière...

—Ainsi, vous me croyez très-amoureux de vous?

—Je vous crois plus amoureux de moi aujourd'hui que vous ne l'étiez hier. Je crois que vous le serez demain encore plus qu'aujourd'hui...

—Et quelle sera la fin de cette passion toujours croissante, charmante prophétesse?...

—Pour moi, un immense éclat de rire... pour vous, peut-être, toutes sortes de désespoirs... Car, vous devez savoir cela par expérience, seigneur don Juan; s'il y a passion d'un côté, ordinairement il y a de l'autre indifférence on dédain: aussi, ce qui m'empêchera de jamais répondre à votre amour... ce qui vous fait un tort irréparable a mes yeux, c'est tout simplement... votre amour...

—Vous maniez à merveille le paradoxe, madame, et je vous en fais mon compliment...

—Ceci vous semble paradoxal, c'est tout simple; on est si peu habitué à entendre des vérités vraies, qu'elles paraissent toujours des paradoxes: au risque de passer pour folle, je vous dirai donc que vous m'aimez non-seulement parce que je suis jeune et jolie, mais parce que votre orgueil, votre vanité, s'irritent de ce que, malgré vos succès passés, je ne me rends pas à vos irrésistibles séductions.