—Madame,—s'écria Gontran,—de grâce... parlons un peu moins de moi...

—Vous avez raison, mon cousin, nous voici bien loin de la conversation que nous devions avoir ensemble; où en étions-nous donc?... Ah... oui. C'est cela; vous me demandiez humblement pardon d'avoir été assez audacieux pour embrasser la barbe de mon bonnet et pour me prendre la taille ni plus ni moins que le plus oublié de mes valseurs de l'an passé!

Au lieu de répondre à Ursule, Gontran garda un moment le silence; puis il lui dit avec un sourire contraint:

—Vous réunissez, sans doute, madame, les qualités les plus rares; vous avez certainement le droit de vous montrer difficile, dédaigneuse... Mais pourrait-on savoir au moins de quelles perfections inouïes, de quels surprenants avantages devrait être doué celui qui pourrait prétendre au bonheur inespéré de vous plaire?

—Savez-vous, mon cousin, que vous êtes très-fantasque?

—Comment cela?

—A l'instant même, vous me priez assez aigrement de ne plus vous mettre en question: et voici que vous recommencez de plus belle à parler de vous-même.

—Moi... au contraire...

—Me demander, avec une ironie si transparente, de quels dons surnaturels il faut être doté pour me plaire, n'est-ce pas me demander clairement pourquoi vous ne me plaisez pas du tout, vous qui réunissez tant de séductions irrésistibles?... Eh bien... vous le voyez; si je vous réponds, vous allez me reprocher encore, comme tout à l'heure, de changer un grave entretien en dissertations amoureuses...

—Non, non... nous reprendrons cet entretien... Mais, voyons, dites... Je suis très-curieux de connaître l'idéal que vous avez rêvé.