—Il n'y a pas un mot d'Ursule qui n'ait laissé du dépit, de l'amertume dans votre cœur...
—Du dépit! de l'amertume! parce que madame Sécherin dit que je n'ai pas le bonheur de lui plaire! Ah çà, ma chère amie, à quoi pensez-vous? Pour qui me prenez vous? Je n'ai pas grande vanité, mais je ne crois pas que mon mérite souffre une grave atteinte du dédain de madame Sécherin. Ce qui me paraît seulement d'une bouffonnerie excellente, c'est cette prétention de sa part de me rendre amoureux d'elle... Ma pauvre Mathilde, je vous ai fait ma confession; vous avez vu que je vous avais dit vrai: je trouvais Ursule assez gentille; j'ai été, par galanterie, entraîné un peu plus loin que je ne l'aurais voulu... Mais ça n'a jamais été qu'un caprice, assez vif de ma part. Il n'y a rien dans cette femme-là, rien, absolument rien... Amoureux d'elle, moi! Je plains bien les malheureux assez sots pour se laisser prendre à ses filets... Amoureux d'elle! mais ce serait l'enfer!... Avec un tel caractère... amoureux d'elle... moi!... moi!...
Puis Gontran, par un brusque retour, me dit avec une expression, hélas! qui me parut distraite et forcée:
—Moi! amoureux d'elle! comme si je n'avais pas près de moi mille fois mieux qu'elle... comme si je n'avais pas la meilleure, la plus dévouée des femmes... un ange de douceur et de bonté!... Pauvre Mathilde! comment avez-vous pu craindre un instant la comparaison?... vous... vous...
Et il retomba dans une sorte de rêverie.
Les derniers éloges qu'il me donna me firent un mal horrible.
Ils me rappelèrent ces odieuses paroles d'Ursule à mon mari: «Il faut que je vous témoigne de mon dédain pour que vous pensiez à vanter votre femme.»
Ma cousine avait raison, les louanges que me donnait Gontran lui étaient arrachées par le dépit.
En me mettant au-dessus de ma cousine, il pensait plus à la blesser qu'à me flatter.
—Le plus important pour nous,—dis-je à mon mari,—c'est qu'Ursule quittera Maran sous très-peu de jours; elle décidera facilement M. Sécherin à partir.