—Eh bien! n'est-ce rien que cela?

—Mais cela n'est rien puisque vous m'aimez, Gontran... Votre tendresse pour moi vous empêche de ressentir de l'amour pour elle; il doit vous être indifférent qu'elle ne vous aime pas.

—Sans doute, sans doute, vous avez raison... Ma pauvre Mathilde, je vous aime... Oh! oui, je vous aime... Vous êtes bonne, généreuse, vous!... vous avez du cœur, de l'élévation, de la grandeur d'âme, tandis que votre cousine... Je vous le demande: qu'a-t-elle donc pour plaire, après tout? un minois chiffonné, une taille accomplie, il est vrai, un très-joli pied, de grands yeux tour à tour effrontés ou langoureux, un persiflage impertinent, un grand fonds d'impudence... mais ni cœur, ni âme... Avec cela, comédienne et fausse à faire frémir... Plus j'y pense, moins je peux revenir de mon étonnement. Vous seriez-vous attendue à cela d'elle, toujours en apparence si mélancolique, si doucereuse? Certes, j'ai vu des femmes bien hardies, bien... rouées, passez-moi le terme, mais jamais je n'ai rien rencontré de pareil: j'en étais abasourdi... Ah! que j'aimerais à mater, à dominer un tel caractère! Avec quel bonheur je lui rendrais alors dédain pour dédain, sarcasme pour sarcasme! s'écria involontairement mon mari.

Je cachai mon visage dans mes mains, je fondis en larmes sans dire un mot.

Je n'en pouvais plus douter, Ursule avait frappé juste.

Gontran était si préoccupé par ses pensées, qu'il ne s'aperçut pas de mes larmes.

Il se leva brusquement, et continua en marchant à grands pas:

—Oh! je conçois bien qu'un homme soit sans pitié quand il parvient à maîtriser l'un de ces caractères hautains et insolents... Alors avec quel bonheur on humilie, on outrage même, car elles le méritent, ces créatures jusque-là si orgueilleuses!—Puis il reprit avec un éclat de rire forcé:—Mais c'est à mourir de rire, ces prétentions-là!... madame Sécherin! je vous le demande un peu, madame Sécherin qui veut être à la mode, qui veut avoir la meilleure maison de Paris et se moquer de tout le monde. Ah! ah! ah!... c'est, sur ma parole, fort divertissant... Est-ce que vous ne trouvez pas cela fort plaisant?... Mais, qu'avez-vous? vous pleurez... Mathilde!

—Ah! Gontran, cet entretien nous sera fatal.

—Que voulez-vous dire?