Je compris que je devais craindre la violence des chagrins, leur réaction pouvait être fatale à mon enfant; je me promis donc de tâcher désormais de ne jamais m'affliger pour des vanités, de me roidir contre ma susceptibilité, de m'endurcir contre les souffrances morales, et d'être, si cela se peut dire, extrêmement sobre de douleurs.
Les circonstances présentes devaient mettre ma nouvelle résolution à une rude épreuve.
J'essuyai mes larmes, je songeai froidement à ma position.
De ce moment, pour n'être plus écrasée sous les débris de mes espérances, j'envisageai bravement la vie sous les douleurs les plus sombres.
Je ne m'abuse pas sur la cause de cette courageuse résolution, je possédais un trésor de bonheur et d'espérance que rien au monde ne pouvait me ravir.
Quel que fût l'avenir, mon enfant me restait: car j'avais la conviction profonde, inébranlable, que Dieu m'avait envoyé cette suprême consolation dans mes chagrins, comme une religieuse récompense de mon dévouement à mes devoirs.
Cette foi aveugle à la protection divine m'empêcha d'avoir jamais la moindre frayeur sérieuse sur la vie future de ce petit être qui doublait ma vie, qui devait me faire oublier bien des souffrances.
Je me traçai un plan de conduite avec la ferme résolution de n'en pas dévier.
Huit jours suffisaient à Ursule pour décider son mari à quitter Maran; si au bout de huit jours elle n'était pas partie, si d'ici là j'acquérais la conviction que ses dédains affectés n'étaient qu'une perfide manœuvre de coquetterie, j'étais résolue de suivre les conseils de madame de Richeville.
Une fois seule avec Gontran, j'espérais par ma tendresse, par l'intérêt que devait lui inspirer l'état dans lequel je me trouvais, j'espérais, dis-je, chasser Ursule de sa pensée.