Sinon, si son amour pour elle grandissait avec les obstacles; si je succombais après avoir lutté contre la détestable influence de cette femme, de toutes les forces de mon amour, de mon dévouement, je succomberais du moins avec dignité: mon enfant me resterait, et je vivrais pour lui seul.
Il m'est impossible de dire le calme, la confiance, que me donna cette résolution.
Je n'avais plus, comme par le passé, de ces effrois vagues, de ces douleurs sans but et sans bornes.
C'est qu'autrefois... l'amour de Gontran perdu... il ne me restait rien, rien qu'un désespoir immense, rien qu'une vie misérable et stérile, rien que quelques pâles souvenirs qui devaient rendre, par comparaison, le présent plus cruel encore.
Je m'agenouillai pour remercier Dieu de ne m'avoir pas endormie dans une fatale confiance.
Sans vouloir descendre à un honteux espionnage, je me promis de tout observer attentivement, de ne rien omettre de ce qui pouvait m'éclairer.
CHAPITRE V.
MADEMOISELLE DE MARAN.
Le lendemain de cette scène, quel fut mon étonnement de recevoir un mot fort bref de mademoiselle de Maran! Elle m'annonçait qu'elle arriverait en même temps que sa lettre, et qu'elle m'apprendrait elle-même la cause de sa venue.