Ma tante, après quelques moments de silence, reprit avec ironie en regardant Gontran:
—C'est donc maintenant Mathilde qui dit, nous? Comment, mon pauvre vicomte, l'autorité est tombée de lance en quenouille?
—Mathilde parle un peu pour moi et beaucoup pour elle, madame,—dit Gontran.—je me joins à elle pour vous prier d'oublier des événements qui nous attristent; mais je ne me permets pas de mettre des conditions à votre séjour ici,—ajouta Gontran en me regardant sévèrement.
Quoique je ne m'attendisse pas à voir mon mari prendre presque le parti de mademoiselle de Maran contre moi, je ne me laissai pas abattre. Satisfaite d'une fermeté de langage qui me surprenait moi-même:
—Je ne mets de conditions qu'à ma présence ici, madame; j'ai eu l'honneur de vous dire que je me souviendrais toujours que vous êtes la sœur de mon père, et que vous êtes ici chez M. Lancry. S'il m'était malheureusement impossible d'accepter certaines plaisanteries, je vous prierais d'excuser mon départ: M. de Lancry voudrait bien se charger de vous faire les honneurs de Maran, et je partirais, dis-je, à l'instant pour Paris.
Je m'étais exprimée avec tant de résolution que mademoiselle de Maran s'écria:
—Ah çà! c'est qu'elle le ferait comme elle le dit; mais, je ne reconnais plus votre femme, mon pauvre Gontran, qu'est-ce qu'il y a donc?
—Il y a, madame, que j'ai besoin de ne plus souffrir, que je suis décidée à éviter tous les chagrins que je pourrai désormais éviter.
—Peste! vous n'êtes pas dégoûtée, chère petite: ah çà! vous voulez vous dorloter, vous soigner, ce me semble?
—Oui, madame... j'ai besoin de me soigner, comme vous dites.