Je ne puis le nier, Ursule, dans ces conversations, continuait de déployer infiniment d'esprit et de se montrer véritablement supérieure à Gontran. Ce que je ressentais pour elle était bizarre, inexplicable; je la haïssais à la fois, et d'avoir rendu mon mari amoureux d'elle, et de rire méchamment des tourments qu'il éprouvait.
Elle eût paru partager l'affection de Gontran, que j'aurais été horriblement malheureuse, plus malheureuse encore sans doute que de la voir le dédaigner... mais j'aurais été moins effrayée peut-être.
L'ironie perpétuelle d'Ursule prouvait qu'elle ne ressentait rien, qu'elle dominait complétement M. de Lancry, et c'est surtout cette influence que je redoutais.
Quelque temps après l'arrivée de mademoiselle de Maran, je fus un jour réveillée de très-grand matin par un bruit de voiture.
Après avoir écouté de nouveau je n'entendis plus rien, je crus m'être trompée, je me rendormis.
Blondeau entra chez moi. Je lui demandai si elle n'avait rien entendu.
Elle avait entendu comme moi un bruit de voiture; ce qui était tout simple,—ajouta-t-elle,—puisque M. Sécherin était parti le matin à quatre heures..
—Avec Ursule? m'écriai-je.
—Non, madame,—me répondit Blondeau;—le domestique de M. Sécherin a dit que son maître partait de très-bonne heure afin de pouvoir arriver dans la nuit à Saint-Chamans, où il allait pour affaires.
Dans mon anxiété, je fis prier Ursule de passer chez moi.