—Écoutez-moi, Ursule,—lui dis-je.—Il n'est plus temps de railler; la conversation que je vais avoir avec vous sera grave, ce sera sans doute la dernière que nous aurons ensemble.
—J'en doute fort!—s'écria impérieusement Ursule,—car j'ai, moi, à vous demander compte de la déloyauté de votre conduite et de celle de votre mari.
—Que voulez-vous dire?
—En vous cachant pour épier un entretien que je croyais secret, vous commettiez un abus de confiance, vous me rendiez votre jouet... savez-vous que je pourrais vouloir m'en venger!
—J'aime mieux ces fières paroles, Ursule, que votre mélancolie doucereuse dont j'ai été trop longtemps dupe; je sais au moins qu'en vous j'ai une ennemie... Eh bien!... soit...
—Je n'ai aucune envie d'être votre ennemie; vous avez eu envers moi un mauvais procédé, j'ai le droit de m'en plaindre, et je vous dis que je pourrais vouloir m'en venger: voilà tout.
—Mais, depuis votre arrivée ici, ne prenez-vous pas à tâche de porter le trouble dans cette maison?
—Qu'avez-vous à me reprocher? Puis-je empêcher votre mari d'avoir du goût pour moi? Puis-je faire mieux que de le railler, que de lui ôter tout espoir, que de lui promettre de partir, puisque vous et lui le désirez?
—Pourquoi donc, alors, n'êtes-vous pas partie ce matin? l'occasion n'était-elle pas parfaite? Je vous dis, moi, que, si vous aviez l'intention d'ôter tout espoir à mon mari, au lieu d'étaler je ne sais quelle métaphysique de sentiments effrontés, au lieu de lui dire: «Je ne vous aimerai jamais, mais je pourrai en aimer d'autres passionnément;» si vous lui aviez dit simplement: Je suis attachée à mes devoirs; votre femme est mon amie, ma sœur, jamais je ne trahirai ni elle, ni mon mari; ce langage eût été digne et noble... au lieu d'être perfidement calculé.
—Vous me permettrez, j'espère, d'être juge de la convenance et de la portée de mes paroles; la jalousie est une mauvaise conseillère, et je crois qu'elle vous égare.