—Elle m'éclaire... elle m'éclaire...
—Vous êtes trop intéressée dans la question, Mathilde, pour la juger sainement; en parlant à votre mari comme je lui ai parlé, je lui ôtais toute espérance... Les hommes ne croient pas à nos principes, ils croient à notre indifférence.
—Je ne doute pas de votre expérience à ce sujet, Ursule; mais il y a un moyen infaillible de rompre un penchant: c'est l'absence.
—Quand elle ne l'augmente pas!
—Ainsi, c'est par indifférence pour mon mari que vous restez ici?
—Absolument; je lui ai déclaré que j'avais presque de l'éloignement pour lui... Vous l'avez entendu... que voulez-vous de plus?
—Eh bien! admettez que mes soupçons, que mes craintes soient exagérés; n'élait-il pas de votre devoir d'y mettre un terme, en ne prolongeant pas votre séjour ici?
—Il est impossible de renvoyer les gens avec plus d'urbanité; pourtant, je me permettrai de vous faire, à mon tour, quelques observations: vous sentez qu'après la promesse que j'ai faite à votre mari, si j'ai laissé ce matin partir M. Sécherin sans l'accompagner... c'est que de graves motifs m'obligeaient à agir ainsi.
—Et n'était-ce donc rien que mon repos, que la tranquillité de ma vie, à moi, que vous venez si méchamment troubler!
—Je suis ravie de voir, Mathilde, que vous songez beaucoup à vous; alors vous ne trouverez pas extraordinaire que je songe un peu à moi. Par deux fois, j'ai indirectement parlé de mon départ à mon mari; son étonnement a été tel, que j'ai pressenti qu'il ne pourrait parvenir à s'expliquer ce brusque changement dans mes résolutions sans que quelques soupçons ne s'élevassent dans son esprit: ou il croira que je fuis volontairement votre mari parce que je crains de partager son amour, ou il croira que votre jalousie a exigé mon départ... de toutes façons, vous le voyez, ses doutes seront éveillés, sa confiance en moi s'altérera, et, je vous l'avoue, je tiens autant que vous à vivre tranquille.