—Ursule... Ursule... prenez garde; c'est vous railler de moi, que de me donner de pareilles raisons.
—Elles sont excellentes pour moi, je vous jure. Il a fallu toute l'autorité du langage de la vérité pour empêcher mon mari de croire aux visions de sa mère à propos de ce M. Chopinelle, je n'ai pas envie de voir de pareilles scènes se renouveler.
—Malgré tout ce que je ressens contre vous,—m'écriai-je,—je n'aurais pas osé faire allusion à votre conduite dans cette circonstance; mais puisque vous en parlez sans bonté, je vous dirai que c'est justement parce que je vous sais coupable d'une faute que rien ne pouvait excuser, que j'ai le droit de vous soupçonner et de vous craindre lorsqu'il s'agit d'un homme tel que M. de Lancry.
—Mathilde!...
—C'est parce que j'ai été témoin de tout ce qui s'est passé à Rouvray que j'ai le pressentiment, que j'ai la certitude que votre apparente indifférence pour mon mari cache quelque arrière-pensée.
Ursule haussa dédaigneusement les épaules.
—Mon Dieu! je sais fort bien que vous avez cru aux absurdes médisances de ma belle-mère,—me dit-elle,—mais il est trop tard pour les renouveler; vous aviez une très-belle occasion de m'accuser lorsque, devant mon mari et devant sa mère, j'ai invoqué votre témoignage à l'appui de mon innocence...
—Osez-vous parler ainsi, Ursule! lorsque la pitié, lorsqu'un généreux ressentiment de notre ancienne amitié m'a fait garder le silence... Ah! elle me l'avait bien dit: «Puissiez-vous ne jamais vous repentir de l'appui que vous prêtez à cette femme coupable!...» Mais ne récriminons pas sur le passé... Une dernière fois je vous demande... et, s'il le faut... je vous supplie de ne pas prolonger votre séjour ici... Après ce qui s'est passé entre nous, nos relations ne pourront être que bien pénibles... De grâce... rejoignez votre mari... Vous avez, dites-vous, de l'indifférence pour Gontran; qui peut vous retenir? Votre caractère est tel, que vous serez heureuse partout; je ne vous ai jamais fait de mal, ne vous opiniâtrez donc pas à me tourmenter.
—Je serais désolée de vous tourmenter; mais, je vous le dis encore, je ne puis, pour une vaine imagination, pour un caprice de votre part, risquer une folle démarche qui compromettrait mon avenir...—me répondit Ursule avec un sang-froid imperturbable.
—Je crois qu'en tout cas vous calculez fort mal,—dis-je à ma cousine en surmontant mon émotion;—vous voulez attendre le retour de votre mari...