Mon père déclara nettement à ma mère qu'il n'entendait jamais sacrifier l'affection fraternelle à un sentiment très-vif sans doute, mais qui ne datait que d'un an ou deux, tandis que le premier avait commencé et devait finir avec sa vie.

De ce jour, profondément blessée, trop fière pour se plaindre, trop timide pour oser lutter avec sa belle-sœur, ma mère se résigna et fut complétement sacrifiée à mademoiselle de Maran.

Les événements qui suivirent les désastres de 1813, en mettant mon père à même de satisfaire ses vues ambitieuses, augmentèrent encore l'influence de mademoiselle de Maran. Grâce aux relations qu'il avait dès longtemps nouées avec Louis XVIII, d'après le conseil de sa sœur, M. de Maran fut chargé de plusieurs missions très-délicates auprès des cours de Vienne et de Berlin.

Il tint sa sœur au courant de ses négociations. Elle était véritablement capable de prendre part aux affaires politiques les plus importantes. Ses avis furent très-utiles à mon père, et les missions qui lui avaient été confiées eurent les plus heureux résultats. En 1814, il fut largement et glorieusement récompensé de ses services par une très-haute position dans les conseils de Louis XVIII, qu'il suivit plus tard à Gand, et avec lequel il revint en France.

J'étais née en 1813, pendant le voyage de mon père en Allemagne. Cet événement, qui aurait peut-être pu redonner à ma mère quelque empire sur son mari, s'il eût été près d'elle, n'apporta qu'un bien léger changement dans leurs relations déjà si refroidies.

Plus la fortune de mon père s'élevait, plus la domination de mademoiselle de Maran grandissait, plus le sort de ma mère devenait pénible.

Le salon de mon père était devenu un salon politique dont mademoiselle de Maran faisait seule les honneurs.

Ma mère, jeune femme de dix-huit ans, avait une antipathie profonde pour les affaires d'État, qui ne l'intéressaient pas. Elle préférait la musique et la poésie à l'aridité des discussions diplomatiques, auxquelles elle ne voulait ni ne pouvait prendre part.

Mademoiselle de Maran, au contraire, semblait là dans son centre. En rencontrant plus tard dans le monde d'autres femmes politiques, je me suis convaincue qu'elles se ressemblent toutes. C'est une race bâtarde qui a les passions ambitieuses, égoïstes des hommes, et qui ne possède aucune des qualités, des grâces de la femme; stérilité d'esprit, sécheresse et impuissance de cœur, dureté de caractère, prétentions au savoir ridiculement exagérées, voilà ce qui les distingue. En un mot, les femmes politiques tiennent du maître d'école et de la marâtre, et quoique mariées, elles ressemblent toujours à de vieilles filles......

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