Et je ne pus m'empêcher de pleurer de bien douces larmes, cette fois.

Pauvre petite!—me dit Gontran.—Hélas! votre étonnement est un reproche cruel, et je ne le mérite que trop, cela est vrai pourtant; je vous ai assez déshabituée du bonheur pour que vous pleuriez des larmes de ravissement inespéré, en m'entendant vous dire que je vous aime et que nous resterons ici longtemps... Oh! tenez, cela est affreux... Quand je pense qu'un moment je t'ai méconnue; pauvre ange bien-aimé... D'où vient donc, qu'au lieu de jouir de la délicatesse exquise de ton esprit, de l'adorable bonté de ton âme, j'ai laissé mon cœur s'engourdir pendant que je me livrais à je ne sais quelle existence grossière, stupide et brutale? Est-ce un rêve? Est-ce une réalité? dites dites, mon bon ange gardien? Oh! oui, dites-moi bien que nous nous sommes endormis a Chantilly, que nous nous sommes réveillés à Maran...

—Oh! parlez ainsi, parlez encore de votre voix si douce et si charmante,—dis-je à mon mari en joignant mes deux mains avec une sorte d'extase.—Oh! parlez encore ainsi, vous ne savez pas combien ces bonnes et tendres paroles me font de bien; quel baume salutaire elles répandent en moi... Oh! Gontran... il me semble que notre enfant en a doucement tressailli; oui, oui, joie et douleur, ce pauvre petit être partagera tout, ressentira tout désormais... Aussi, merci à genoux pour lui et pour moi, mon tendre ami, merci à genoux du bonheur que vous nous causez....

. . . . . . . . . .

Je passai les jours qui suivirent cette conversation avec Gontran dans un enchantement continuel; il était impossible d'être plus tendre, plus attentif, plus prévenant que ne l'était mon mari.

Mademoiselle de Maran, voyant ses méchants projets presque complétement avortés, ne dissimulait pas son mécontentement et parlait de son prochain départ, feignant d'être plus rassurée par les dernières nouvelles de Paris.

Ursule attendait son mari d'un moment à l'autre.

Ainsi qu'elle me l'avait promis, elle lui avait écrit pour lui demander d'aller à Paris avec lui au lieu de rester à Maran, comme cela avait été d'abord convenu entre eux.

Depuis le jour où elle avait entendu mademoiselle de Maran parler des calomnies que nous avions à redouter, je remarquai un singulier changement dans les manières de ma cousine envers moi et Gontran. Avec mon mari, elle était de plus en plus moqueuse, ironique, altière; avec moi, dans les rares occasions où nous nous trouvions seules, elle était gênée, confuse, elle me regardait parfois avec une expression d'intérêt que je ne pouvais comprendre; souvent je vis qu'elle était sur le point de me parler avec abandon comme si elle eût eu un secret à me confier, et puis elle s'arrêtait tout à coup. D'ailleurs j'évitais autant que possible de me trouver seule avec elle.

Je passais mes matinées avec Gontran.