«Oubliez-moi donc, mon cousin; encore une fois, si vous vous opiniâtrez dans votre fol amour, je vous prédis la plus malheureuse fin du monde, et vous me ferez croire à ces rémunérations et à ces punitions divines dont parlait toujours mon insupportable belle-mère.
«A un coupable tel que vous il fallait une punition telle que moi: seulement, comme ce rôle de vengeance divine est un peu sérieux pour mon âge, je vous saurais un gré infini de me l'éviter en vous amendant et en devenant le plus honnête et le plus fidèle des maris, ce qui veut dire le plus heureux et le plus adoré des hommes, puisque Mathilde est votre femme.
«Adieu, adieu, et pour toujours adieu... Souvenez-vous surtout qu'il ne s'est jamais agi d'amour entre nous, mais d'une infâme trahison envers la plus noble des femmes. Vous avez été mon complice, jamais mon amant.»
CHAPITRE XIV.
MONSIEUR SÉCHERIN A URSULE.
Lorsque madame Sécherin vit à notre abattement que moi et Gontran nous avions lu les deux lettres qu'elle nous avait remises, elle lut cette lettre de son fils à Ursule d'une voix lente, et comme pour faire durer le supplice de ma cousine plus longtemps.
«Je ne vous reverrai de ma vie, Ursule... Je vous méprise encore plus que je ne vous hais. Dieu m'a puni de n'avoir pas écouté les conseils de ma pauvre mère; elle me reste, elle, elle me reste, et avec elle je ne regrette rien; je remercie au contraire le ciel de m'avoir délivré d'un monstre de perfidie et de corruption tel que vous; je me maudis quand je pense que, pour vous, pour vous, mon Dieu! j'ai pu affliger, presque abandonner la meilleure des mères... Allez... ma tendresse la dédommagera des chagrins que je lui ai causés; elle me pardonnera, elle m'a pardonné: lorsqu'une femme aussi dangereuse et aussi abominable que vous entre dans une famille, il faut bien s'attendre à tout... Je vais vous apprendre une chose qui vous fera de la peine, j'en suis sûr, celle-là: le jour même où, par la volonté divine, le ciel a voulu que je reçusse cette lettre qui montre la noirceur de votre âme... je venais de faire rédiger l'acte qui vous assurait toute ma fortune après moi... Vous qui aimez tant le luxe, vous allez être pauvre... tant mieux, tant mieux, c'est le seul chagrin qui puisse vous atteindre... Les soixante mille francs de votre dot sont dès aujourd'hui déposés à Paris chez un notaire. Votre père vous chassera aussi de sa présence, lui; car je lui ai envoyé une copie de votre abominable lettre. Enfin, pour vous porter un dernier coup qui vous sera plus sensible encore que les autres, je vous préviens que je ne souffre aucunement de vos infamies; entendez-vous, je n'en souffre pas... Non, non, cela est si odieux que je ne ressens que de l'horreur pour vous, et je me trouve heureux... oh! bien heureux d'être à jamais séparé de vous; ma bonne et excellente mère vous le dira... ce sera votre dernier châtiment.
«Sécherin.»
Après avoir lu cette lettre, madame Sécherin attacha sur Ursule un regard implacable.