—Qu'est-ce que c'est?... qu'est-ce que c'est?—demanda ma tante de sa voix impérieuse et perçante, qui faisait tout trembler autour d'elle.

—Oui, mademoiselle,—répondit ma gouvernante d'une voix émue,—madame la marquise... m'a recommandé de ne jamais couper les cheveux de sa fille. On ne les lui avait jamais coupés à elle-même... Pauvre madame... Elle les avait si beaux!... C'est pour cela qu'elle m'a fait cette recommandation avant... avant de mourir,...—dit l'excellente femme, et elle se mit à fondre en larmes.

—Vous êtes une impertinente et une vilaine menteuse! Ma belle-sœur n'a jamais dit une telle sottise... Des ciseaux, et finissons.

Ma tante dit ces mots: Ma belle-sœur, avec un accent d'ironie si amère, que plus tard j'avais toujours le cœur serré quand je lui entendais prononcer ces paroles.

Mademoiselle de Maran semblait tellement irritée, qu'il se serait agi de ma vie que je n'aurais pas été plus épouvantée.

D'une main elle me tirait à elle, en me serrant le bras dans ses longs doigts maigres et durs comme du fer; de l'autre, elle ôtait mon peigne, afin de dérouler mes cheveux, qui couvrirent bientôt mes épaules.

La terreur me rendit muette, je n'eus pas la force de crier.

—Mademoiselle! mademoiselle! dit Blondeau en tombant à genoux,—au nom du ciel! ne faites pas cela; il en arrivera malheur à Mathilde! C'est désobéir aux volontés de sa mère mourante, mademoiselle!

—Me donnerez-vous ou non des ciseaux, sotte bête que vous êtes?

—Mais, mon Dieu!... mon Dieu!... Mademoiselle!