Madame Sécherin alla rejoindre son fils.

Gontran et moi, nous restâmes seuls à Maran.


CHAPITRE XV.

LES DEUX ÉPOUX.

Je restai deux jours sans revoir M. de Lancry.

L'arrivée et le départ de madame Sécherin ayant fait supposer à nos gens que quelque grave discussion intérieure avait eu lieu entre moi et mon mari, ils avaient cru de leur devoir d'augmenter encore de silence et de réserve dans leur service; ils ne parlaient entre eux qu'à voix basse... On eût dit que quelqu'un se mourait dans la maison... Il est impossible de peindre l'aspect sinistre de ce grand château muet, sombre et désert, dont j'habitais une aile et Gontran une autre.

J'avais voulu être seule pour me préparer à l'entretien que je devais avoir avec mon mari.

Pendant ces deux jours, par un phénomène moral que je suis encore à m'expliquer, une révolution profonde, complète, se fit subitement en moi.

Il était de mon devoir de parler à mon mari avec la plus entière franchise.