Cet événement fut le plus important de ma vie; son retentissement durera jusqu'à mon dernier jour.

Les moindres détails de cette entrevue sont encore gravés dans ma mémoire.

C'était un dimanche. Après avoir entendu une messe basse à l'église du village et être restée longtemps à prier, je revins chez moi.

Le temps était gris et lugubre; au moment où je rentrais au château, la neige commençait à tomber.

Dix heures sonnèrent à la pendule de mon parloir.

C'était un petit salon très-simple, où je me tenais d'habitude; ses deux croisées s'ouvraient sur le parc. A droite et à gauche du la cheminée étaient les portraits de mon père et de ma mère; sur ma table à écrire, un médaillon de Gontran peint en miniature.

A propos de cette miniature, je dois dire ici ce que je sus plus tard: c'est qu'elle avait été rendue à mon mari par madame de Richeville.

Donner à sa femme un portrait fait autrefois pour une maîtresse, c'est une de ces indignités naïves qu'un homme se permet, sans même se douter de ce qu'il y a d'odieux et d'insultant dans un pareil procédé.

A coté de ma table de travail, une petite bibliothèque de bois de rose renfermait mes livres de prédilection; enfin entre les deux fenêtres était mon piano.

En passant devant une glace, je me regardai: j'étais horriblement pâle et maigre; mes pommettes, déjà un peu saillantes et légèrement pourprées, témoignaient de la fièvre dont j'étais brûlée depuis deux jours; mon regard était très-brillant, très-animé; mais j'avais les lèvres violettes et les mains glacées.