J'étais habillée de noir, mes cheveux lissés en bandeaux, car je n'avais pas songé à les faire boucler.
Je contemplais avec une sorte de joie sombre le ravage que les chagrins avaient imprimé à mes traits, et je me comparais à Ursule, toujours si fraîche et si rose.
Dix heures et demie sonnèrent à l'antique horloge du château; mon mari entra chez moi.
Lui aussi, depuis deux jours, avait cruellement changé; il était d'une pâleur extrême. Les veilles, les pleurs... peut-être, avaient rougi ses yeux; il semblait accablé; sa physionomie était presque farouche.
—Je ne chercherai pas à le nier,—me dit-il brusquement,—les torts que j'ai envers vous sont très-grands; vous devez me détester...; soit, détestez-moi.
—Je vous prie de m'entendre, Gontran. Notre position fera fixée aujourd'hui. Je dois vous dire avec la plus entière franchise le résultat de mes réflexions et ma résolution inébranlable...
—Je vous écoute...
—Pendant ces deux jours que je viens de passer seule, je ne sais par quel étrange mirage de ma pensée, tous les événements qui ont eu lieu depuis que je vous connais me sont apparus pour ainsi dire en un seul moment; j'ai pu en saisir à la fois et l'ensemble et les détails: je les ai jugés avec une sûreté, avec une hauteur de vue dont j'ai été moi-même étonnée. En contemplant ainsi les jours d'autrefois, j'ai reconnu, sans fol orgueil, que mon dévouement envers vous n'avait jamais failli, que j'avais fait des prodiges de tendresse pour conserver mon amour intact et pur malgré vos dédains. Excepté quelques plaintes rares que m'arrachait une douleur intolérable, j'ai toujours souffert avec résignation: à votre moindre velléité de tendresse, vite j'essuyais mes larmes, je venais à vous le sourire aux lèvres, et je renaissais encore à des espérances de bonheur tant de fois trompées.
—Cela est vrai... mais il n'est pas généreux à vous de mettre à cette heure en présence et mes torts et vos vertus,—dit Gontran avec amertume.
—Si je vous parle ainsi, Gontran, ce n'est pas pour me louer d'avoir toujours agi de la sorte, mais pour m'en blâmer.