—Soit,—dit brusquement Gontran.—Je ne chercherai pas à vous faire revenir de vos préventions; désormais nous vivrons sépares, et je vous débarrasserai au plus lot de mon odieuse présence... Vous n'oubliez pas le mal que l'on vous fait... vous avez raison.

—Je vous assure que maintenant je l'ai complétement oublié; je pourrais me venger que je ne me vengerais pas. L'effet subsiste, les causes me sont maintenant indifférentes.

Après un moment de silence, Gontran s'écria:

—Mais non, non, c'est impossible, tant de froideur ne peut avoir succédé à tant de dévouement, vous ne pouvez me traiter avec tant de cruauté!... surtout dans un moment...

—Où vous avez besoin de consolation, peut-être?...—dis-je à Gontran;—aussi je vous assure que ce n'est pas la jalousie qui m'empêcherait de vous plaindre, mais le respect humain; je vois trop que l'amour que vous ressentez vous sera fatal pour ne pas en être épouvantée: tout ce qui vous arrivera de malheureux ne me trouvera jamais insensible...

—Après tout,—s'écria Gontran en se levant brusquement,—je suis bien fou de m'affecter! Comme vous le dites, madame, notre position est parfaitement tranchée; vous ne m'aimez plus d'amour, soit: on vit parfaitement bien en ménage sans amour. Ma présence vous est importune, je vous l'épargnerai: vous vivrez de votre côté, moi du mien; je ne m'oppose pas le moins du monde à vos projets.

—Gontran, seulement il est un point très-délicat qui me reste à aborder; je désire que les deux tiers de ma fortune soient placés de manière à ce que l'avenir de notre enfant soit assuré.

—Ce soin me regarde, madame, j'y veillerai.

—Je crois devoir vous prévenir qu'ignorant complétement les affaires, et désirant que celle-là soit faite le plus régulièrement possible, je prendrai les conseils de M. de Mortagne.

—Je n'aurai jamais aucune relation avec cet homme, madame.