Tout enfin... jusqu'au moment terrible où...
Mais ma plume s'arrête... ma main tremble... tout mon être tressaille encore à ce déchirant souvenir!... Oh! mon enfant... mon enfant!
Oh! malheur à vous, Gontran!... malheur à vous!...
Encore à cette heure, mon désespoir éclate en sanglots... Oh! malheur, malheur à vous qui avez impitoyablement brisé le dernier... le seul lien qui dût m'attacher à la vie!...
Malheur à vous qui m'avez ôté le seul prétexte qui m'aurait permis un jour de vous pardonner le mal que vous m'avez fait... Soyez maudit!... à tout jamais maudit!......
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Bien des fois je me suis demandé si le brusque départ de Gontran avait seul causé le fatal événement qui devait décider de ma vie, ou bien si je devais attribuer ce funeste accident aux violents chagrins qui m'avaient frappée depuis quelques mois.
Longtemps encore, rougissant de ma faiblesse, je ne voulus pas m'avouer cette dernière, cette impardonnable lâcheté: cela était vrai pourtant... Malgré l'affreuse trahison de mon mari, malgré sa lettre à Ursule, malgré ses aveux, malgré mes ressentiments, quoique je lui eusse dit enfin que je ne l'aimais plus... honte! anathème sur moi!! je l'aimais encore, je l'aimais, puisque le bouleversement que me causa son départ causa la mort prématurée de mon enfant!
Maintenant que toute illusion est à jamais dissipée pour moi et que je vois vrai dans le passé... je m'aperçois que, même au milieu des chagrins que je croyais les plus désespérés, un secret et vague espoir me soutenait encore à mon insu. L'abandon de Gontran me fit sentir tout ce que sa présence était pour moi.
En vain je savais qu'il aimait Ursule, en vain il m'avouait cette folle et irrésistible passion... Au moins il était là... près de moi; je pouvais compter, grâce à mes soins, grâce à ma tendresse, sur un bon retour de son cœur... Et puis enfin, encore une fois, si cruel, si impitoyable qu'il fût... il était là, et mieux vaut souffrir par la présence que par l'absence.