Je fermai les yeux, je frissonnai au froid de l'acier sur mon cou; j'entendis le grincement des ciseaux... et je sentis mes cheveux tomber tout autour de moi.

L'exécution finie, ma tante dit à Servien en riant de toutes ses forces:

—Maintenant, elle a l'air d'un affreux petit enfant de chœur... Allons... allons... Servien, appelez une de mes femmes, qu'elle vienne les balayer, ces beaux cheveux!

Blondeau demanda en tremblant la permission de les ramasser et de les garder.

Ma tante le permit, et lui ordonna de m'emmener.

Au moment où je quittai sa chambre, mademoiselle de Maran me fit venir auprès d'elle, me regarda un moment encore, et s'écria en éclatant de rire de nouveau:

—Mon Dieu! que cette petite est donc laide ainsi!

Une fois rentrée dans l'appartement que j'occupais avec Blondeau, celle-ci me prit dans ses bras et me couvrit de larmes et de baisers.

J'avais ressenti une telle frayeur à la vue des grands ciseaux de Servien, que le dénoûment de cette scène me parut presque heureux. Je ne partageais pas le culte et l'admiration de ma gouvernante pour ma chevelure; j'avoue même que je fus assez contente de pouvoir courir dans le jardin sans être obligée d'écarter à chaque instant mes cheveux de mon front.

J'avais seulement été frappée de ces dernières paroles de ma tante: