—Sortez d'ici! sortez d'ici, malheureuse!—dit-elle à Blondeau. Puis, voyant Servien entrer:
—Mettez cette insolente à la porte,—ajouta-t-elle,—et venez tenir cette petite, que je lui coupe les cheveux.
—Mademoiselle, pardon! pardon!... j'ai eu tort, je me suis oubliée; mais ayez pitié de Mathilde!... Grâce pour ses beaux cheveux, grâce! Et puis enfin, mademoiselle, la main de sa mère mourante les a touchés... c'est sacré cela!
—Un mot de plus, et je vous chasse... entendez-vous?—lui dit ma tante.
Cette menace frappa Blondeau de stupeur. Elle savait mademoiselle de Maran capable de tenir sa parole. Avant tout, elle craignait de me quitter; elle se résigna au sacrifice.
Toute ma vie je me souviendrai de cette scène. Elle semble puérile; mais pour moi elle était horrible.
Servien, avec sa figure moitié lie de vin, tenait ses grands ciseaux ouverts. Je crus qu'il voulait me tuer... Je poussai des cris perçants.
—Prenez-la donc dans vos bras!—dit ma tante à cet homme,—et tenez-la bien; en se débattant elle se ferait blesser.
Hélas! je ne songeais plus à me débattre, j'avais presque perdu tout sentiment.
Blondeau se cachait la figure en sanglotant; Servien me prit dans ses grosses mains.