«Une fois l'agression de M. de Mortagne bien constatée, et le choix et le mode du combat ainsi laissés forcément à son adversaire, il ne pouvait que tendre sa poitrine désarmée aux assassins payés par M. Lugarto.

«Malgré cette interprétation si naturelle d'un fait inexplicable sans cela, malgré son mépris pour cet homme, M. de Mortagne répugne à le croire capable d'une si sanglante infamie; avec la rude franchise de son caractère, il n'admet que les réalités, les preuves matérielles, lorsqu'il s'agit d'accuser un homme d'un crime peut-être plus exécrable encore que l'assassinat, parce qu'il est infaillible et impunissable... Pourtant il consent à...»

Cette lettre de madame de Richeville était interrompue...

Un billet accompagnant un volumineux paquet cacheté de noir était ainsi conçu et écrit d'une main défaillante par madame de Richeville:

«Une heure du matin.

«Il me reste... à peine la force de vous écrire ces mots terribles... Il est mort... une suffocation vient de l'emporter... Ce n'est pas tout... je crains de devenir folle de terreur. A peine m'avait-on annoncé cette affreuse nouvelle qu'un inconnu a apporté une boîte pour moi... Emma l'a ouverte... en ma présence... qu'ai-je vu... Un bouquet de ces fleurs vénéneuses d'un rouge de sang que l'an passé vous portiez à ce bal du matin... et qui vous avaient été envoyées à votre insu par M. Lugarto, démon... à figure humaine... Ce bouquet est ceint d'un ruban noir... Comprenez-vous cette épouvantable allégorie?... N'est-ce pas à la fois dire quelle est la main qui a frappé, et nous menacer de nouvelles vengeances?... Si cela est, mon Dieu! grâce... grâce pour Emma, grâce pour ma fille... frappez-moi, mais épargnez-la... Mathilde... prenez garde... un génie infernal plane au-dessus de nous... Notre ami n'est peut-être que sa première victime... Adieu, je n'ai que la force de vous dire mille tendresses désolées.

«Verneuil de Richeville.»

. . . . . . . . . .

Un paquet cacheté, à mon adresse, accompagnait cette lettre.

Il contenait les dernières volontés de M. de Mortagne... le don qu'il me faisait de tous ses biens... et la révélation d'un mystère sacré qui doit rester enseveli au plus profond de mon cœur...