Haine... haine immortelle à celui qui a tué mon enfant.

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CHAPITRE II.

LA LETTRE.

J'aborde avec défiance le récit de cette nouvelle période de ma vie.

En retraçant les événements qui se sont succédé depuis mon enfance jusqu'à mon mariage, et depuis mon mariage jusqu'au moment où M. de Lancry m'abandonna si cruellement pour aller rejoindre Ursule à Paris, je pouvais me confier sans crainte à tous mes souvenirs, à toutes les impressions qu'ils réveillaient: je n'avais rien à me taire, rien à me déguiser à moi-même: la sincérité m'était facile.

Je n'avais à me reprocher que l'exagération de quelques généreuses qualités; je l'avais dit à M. de Lancry, je reconnaissais moi-même que mes douleurs passées ne pouvaient me gagner aucune sympathie, en admettant que le monde les eût connues, car j'avais manqué d'énergie, de dignité dans ma conduite avec lui.

Je m'étais toujours aveuglément soumise, lâchement résignée; je n'avais su que pleurer, que souffrir... et la souffrance n'est pas plus une vertu que les larmes ne sont un langage.

Souffrir pour une noble cause, cela est grand et beau; humblement endurer le mépris et les outrages d'un être indigne, c'est une honteuse faiblesse qui excitera peut-être une froide pitié, jamais un touchant intérêt.