Je saisis ce prétexte.

—Si vous le permettez, j'irai près de lui; vous savez qu'il a toujours eu quelque confiance en moi: peut-être lui redonnerai-je du courage; peut-être l'aiderai-je à vaincre cette insurmontable tristesse...

Madame Sécherin me tendit la main en secouant la tête.

—Toujours généreuse et bonne,—me dit-elle.

—Toujours compatissante aux maux que j'ai partagés,—lui dis-je.

Je retrouvai M. Sécherin dans cette même allée où j'avais autrefois surpris les premiers aveux de M. de Lancry à Ursule.

En approchant de mon cousin, je fus encore plus frappée que je ne l'avais été du changement de ses traits. Hélas! pourquoi faut-il que le malheur et le désespoir puissent seuls imprimer un cachet de grandeur aux physionomies les plus vulgaires, tandis que le bonheur et le contentement ne les ennoblissent jamais!

La figure de M. Sécherin, jadis si fleurie, si débonnaire, si souriante, était d'une pâleur de marbre, d'une effrayante maigreur; ses yeux caves, rougis par les larmes, brillaient du feu de la fièvre; ses traits avaient enfin une expression de douleur farouche qui leur donnaient un caractère d'élévation que je ne leur aurais jamais soupçonné.

En me voyant il tressaillit, leva les yeux au ciel, et s'écria d'une voix étouffée:

—Elle vous a fait bien du mal, à vous...