—Ah! madame...

—Je dirais qu'il ne reste auprès de moi que par respect humain, et parce que, dans le premier moment de sa colère, il a juré sur la mémoire de son père de ne jamais pardonner à cette criminelle... Oh! j'ai bien souffert sans rien dire... Depuis deux ans... j'ai bien enduré... Autrefois il croyait à la vertu de cette femme; je comprenais, à la rigueur, qu'il me la préférât... mais après ce qui s'est passé... qu'elle lui tienne encore autant au cœur... tenez... il faut que je le dise à la fin... cela m'indigne... cela m'offense...

—Vous vous méprenez peut-être,—lui dis-je;—l'on peut éprouver longtemps de la colère, de la haine contre ceux qui vous ont trompé, sans pour cela subir encore leur influence. Les cœurs généreux sont surtout susceptibles de ces profonds ressentiments, la trahison leur est d'autant plus cuisante que leur confiance a été plus aveugle...

—Bénie soit toujours votre venue,—me dit madame Sécherin en essuyant ses yeux,—j'ai pu vous dire ce que je n'ai dit à personne, car depuis deux ans mon cœur s'emplit d'amertume. Fasse le ciel qu'il ne déborde pas, et que mon fils ne sache jamais le mal qu'il me fait!... Pourtant, il se pourra bien que j'éclate à la fin! il pourra venir un moment où je ne saurai plus me contenir.

—Ah! gardez-vous en bien,—m'écriai-je,—quelle serait votre vie, mon Dieu, et la sienne!

—C'est que je me lasse à la fin, non pas de me sacrifier pour lui; non... le peu de jours qui me restent lui appartiennent, mais je me lasse de le voir souffrir comme s'il était seul et abandonné de tous. Je me lasse de voir que le honteux souvenir d'une infâme étouffe dans le cœur de mon fils la reconnaissance qu'il me doit. Enfin... dites! dites!—s'écria-t-elle avec un redoublement de violence et de douleur,—n'est-ce pas terrible de voir son enfant mourir à petit feu et de ne pouvoir pas le sauver... quand c'est pour cela que Dieu vous a laissée sur la terre!

Cette conversation rapide me montra que l'existence de M. Sécherin et de sa mère était encore plus horrible que je ne l'avais soupçonnée.

Je vis alors M. Sécherin passer lentement devant les croisées du salon; il s'arrêta un instant, me regarda, puis s'éloigna.

Je croyais qu'il venait nous rejoindre; il n'en fut rien. Supposant qu'il voulait me parler en secret, je cherchais un moyen d'aller le retrouver lorsque sa mère me dit:

—Mon fils voulait sans doute causer avec vous, maintenant il n'ose plus... Tenez, le voilà qui se promène dans l'allée de charmille.