—Ce n'est pas seulement un indigne amour qui fait commettre des lâchetés, ma mère! D'ailleurs, voici assez longtemps que je me contrains, que je souffre, il faut que je parle, à la fin...
—Et moi aussi,—s'écria sa mère courroucée,—voici assez longtemps que je souffre, voici trop longtemps que vous oubliez ce que vous me devez... Je vous répète, moi, que vos indignes regrets sont autant de lâchetés... sont autant d'offenses à votre mère...
—Mon cousin!...—m'écriai-je.
Il ne se contenait plus.
—Les sentiments les plus nobles, les plus saints devoirs font aussi commettre des lâchetés, entendez-vous, ma mère!...
—Que veut-il dire?...
—Pas un mot de plus,—dis-je à M. Sécherin, et j'ajoutai à voix basse:
—Voulez-vous donc faire mourir votre mère deux fois... lorsqu'à sa dernière heure elle songera au danger que vous irez braver dans un duel?
—C'est vrai, c'est vrai, je suis un fou, un méchant fils de lui répondre ainsi... Mes regrets l'outragent parce qu'elle m'aime tendrement.—Puis se mettant à genoux devant sa mère, il prit sa main et la baisa en disant:—Pardonnez-moi, ma mère, j'ai eu tort de vous parler ainsi:
—Une mère doit tout pardonner...—dit-elle en soupirant. Et elle donna un baiser sur le front de son fils en me jetant un regard désolé.