«—Et auprès de qui, monsieur, les ferez-vous valoir?
«—Je vous dis que je ne veux pas que vous quittiez cette maison, ou sinon je vous accompagnerai partout où vous irez!—m'écriai-je.
«—Je quitterai cette maison, monsieur, et vous ne m'accompagnerez pas.
«—Tenez, Ursule, ne me poussez pas à bout, ne m'exaspérez pas. Je vais vous dire en deux mots pourquoi vous et moi nous ne pouvons nous quitter désormais; je vous ai sacrifié ma femme, je suis presque déshonoré dans le monde. Vous voyez donc bien que nous ne pouvons pas nous quitter; fatalement nous sommes désormais enchaînés l'un à l'autre. Quel que soit mon sort, vous le partagerez. Vous entendez bien, n'est-ce pas?—lui dis-je en serrant les dents avec rage, car l'impassible sang-froid avec lequel elle m'écoutait me mettait hors de moi.
«Elle me répondit en me regardant jusqu'au fond de l'âme, et sans baisser ses yeux devant les miens:
«—Moi, je vais vous dire en deux mots pourquoi nous ne devons plus rien avoir de commun ensemble. Personne au monde n'a de droits sur moi; je quitterai cette maison quand je le voudrai; et si vous m'obsédez... quoiqu'il n'y ait rien de plus vulgaire que ce procédé, je m'adresserai à qui de droit pour être protégée contre vos poursuites.
«—Vous vous adresserez à l'autorité, à la police, sans doute?—m'écriai-je avec un éclat de rire convulsif; puis, comme dans mon étonnement je regardais machinalement autour de moi, je vis sur un sofa un domino de satin noir.
«Un éclair de jalousie me traversa l'esprit; je me souvins que la veille était le jour de la mi-carême. Saisissant le domino et le lui montrant:
«—Vous avez été cette nuit au bal de l'Opéra,—m'écriai-je,—malgré vos prétendues souffrances, malgré votre mélancolie prétendue?
«—Je suis en effet allée au bal de l'Opéra cette nuit, malgré mes souffrances, malgré ma mélancolie prétendue,—reprit-elle,—c'est ce qui vous prouve, j'espère, que mon désir de m'y rendre était bien violent.