—Et moi donc, mon ami! vous n'avez pas d'idée de mes projets; quelquefois j'en suis confuse, tant ils enchaînent votre avenir.
—Cela vous regarde, Mathilde; cet avenir est à vous, je ne m'en mêle plus, et votre confusion...
—Ma confusion, c'est l'embarras des richesses; j'ai mille desseins, et je ne m'arrête à aucun. Vous ne savez pas tous les romans dont vous êtes le héros... Pourtant je me suis arrêtée pour cette année à un voyage d'Italie; nous le ferons avec madame de Richeville. Le prince et la princesse d'Héricourt, en revenant de Goritz, nous rejoindront à Florence.
M. de Rochegune me regarda d'un air très-surpris, puis il ajouta en souriant:
—Au fait, pourquoi m'étonner? Je ne désirais pas autre chose au monde. Vous m'avez deviné, il n'y a rien que de très-naturel à cela.
—De très-naturel?
—Oui. Dussiez-vous vous moquer de ma métaphysique, je prétends que d'un sentiment puéril doivent naître des projets pareils; plus ce sentiment sera exalté, plus il sera concentré dans l'imagination, plus ces mystérieuses sympathies de volonté seront fréquentes et normales. Pardonnez-moi cet horrible mot.
—Je vous le pardonne en faveur de votre système: quoique très-fou, il me plaît beaucoup. Ainsi donc, mon voyage d'Italie...
—M'enchante. Songez donc... parcourir avec vous cette terre promise des arts!
—Peut-être même nous établirions-nous quelque temps dans ce pays... Un hiver à Naples ou à Rome... qu'en diriez-vous? Madame de Richeville serait ravie d'un pareil séjour.