—Un peu plus grande que vous, Mathilde, très-mince, et elle me parut avoir une taille charmante. Pour échapper à la foule, nous montâmes dans le corridor des secondes loges. Cette femme était toute tremblante. Je lui proposai de s'asseoir.—Non, non,—s'écria-t-elle d'une voix émue, en me serrant le bras avec un tressaillement convulsif,—c'est la première fois que je puis m'appuyer sur ce noble bras... ce sera aussi la dernière... Marchons, je vous en prie, marchons...

—Mais enfin cette femme, que vous dit-elle, que voulait-elle?

—Me parler de vous.

—De moi?

—Avec une admiration profonde.

—Elle voulait vous parler de moi, de moi, de moi?—m'écriai-je, toujours persuadée que ce domino mystérieux n'était autre qu'Ursule.

—Oui, me parler de vous, Mathilde, et dans des termes que je lui enviais. Jamais votre cœur, votre esprit, vos malheurs, n'ont été appréciés, n'ont été vantés avec une éloquence plus touchante. J'étais dans le ravissement en écoutant cette femme inconnue; j'étais séduit par l'admiration passionnée avec laquelle elle me parlait de notre amour, de notre bonheur. Vraiment, Mathilde, pour comprendre l'élévation de ces sentiments, il fallait qu'elle fût presque capable de les éprouver...

—Vous croyez, mon ami?...

—Je n'en doute pas. Que vous dirai-je? une fois cet entretien commencé, pour ainsi dire, sous l'invocation, sous le charme de votre nom, je vis avec chagrin arriver le moment de le terminer. Jamais je n'ai rencontré un esprit plus vif, plus prompt, plus incisif. Après l'admiration de notre amour vinrent les sarcasmes contre les gens qui l'enviaient. Ou je me trompe beaucoup, ou cette femme est douée d'un caractère d'une rare énergie, car, par un étrange contraste, autant, lorsqu'il était question de vous et de moi, sa voix était douce, pénétrante, autant elle était impérieuse et âpre lorsqu'il s'agissait de nos ennemis ou de nos envieux. Je n'oublierai de ma vie le portrait qu'elle a fait de votre mari et de votre infernale cousine.

—Elle vous a parlé d'Ursule?... m'écriai-je.