—Préparez-vous donc à rire.—Eh bien! alors mon inconnue porta ma main à ses lèvres sous la barbe de son masque avec un mouvement de soumission craintive, de servilité passionnée... qui me confondit de surprise... Elle avait la tête baissée; une larme tomba sur ma main, et mon domino disparut brusquement dans la foule....
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Sous un prétexte frivole, je remis au lendemain la promenade que je devais faire ce jour-là avec M. de Rochegune et je restai seule.
CHAPITRE XII.
LE RÉVEIL.
J'avais été souvent sur le point d'apprendre à M. de Rochegune quel était le mystérieux domino qu'il avait rencontré à l'Opéra; mais craignant d'agir légèrement, je voulus me réserver le temps de la réflexion.
Je connaissais le cœur et le caractère de M. de Rochegune; il devait éprouver pour Ursule autant de mépris que d'aversion; pourtant la séduction de cette femme était puissante... J'en avais des preuves fatales.
En amenant adroitement mon éloge, elle avait su d'abord se faire écouter favorablement de M. de Rochegune, lui plaire, l'intéresser, exciter vivement sa curiosité, l'entraîner. Je n'étais pas sûre d'effacer toutes ces impressions en lui nommant ma cousine; en ne la lui nommant pas, il oublierait peut-être cette mystérieuse entrevue.
Dans sa lettre à un ami inconnu, M. de Lancry parlait de la sombre tristesse qui accablait Ursule depuis quelque temps, du changement extraordinaire qui s'était opéré dans les habitudes de cette femme.