LE CONCERT.

Emma s'approcha de madame de Richeville, qui la baisa au front... puis, selon son habitude, après avoir embrassé sa mère, elle vint vers moi; mais tout à coup elle s'arrêta comme frappée d'une réflexion subite; son charmant visage et son cou d'albâtre se colorèrent d'un rose vif; elle attacha un moment sur moi ses grands yeux avec une expression indéfinissable, puis les abaissa sous leurs longues paupières, tandis que sa figure se nuançait d'un carmin plus vif encore.

Sa mère me fit un signe comme pour me dire d'examiner Emma.

Celle-ci, après un moment de silence, posa ses deux mains sur son cœur, et dit avec un accent de candeur charmante:

—Mon Dieu! comme mon cœur bat encore...—et elle ajouta en regardant sa mère:

—Je ne sais pourquoi je ne puis maintenant m'empêcher de rougir en voyant madame de Lancry; je me sens si émue que j'hésite un moment avant que de l'embrasser.

Et, comme si elle eût triomphé d'une lutte intérieure, qui se peignit par une sorte de contraction de ses traits, elle me sauta au cou en me disant avec une grâce enchanteresse:

—Ah! heureusement cela passe... mais pendant un moment cela fait bien mal.

Madame de Richeville me jeta un nouveau coup d'œil, et dit à Emma:

—Mais enfin, mon enfant, qu'éprouvez-vous? pourquoi ce mouvement?