—Je ne sais,—reprit-elle en secouant sa jolie tête d'un air d'innocence angélique;—j'arrive toute joyeuse; mais tout à coup, à l'aspect de madame de Lancry, mon cœur bat, se serre douloureusement... Mais cette impression s'évanouit bien vite, et tout mon bonheur revient en l'embrassant.
Et Emma m'embrassa de nouveau.
—Et depuis quand, chère enfant, éprouvez-vous cela?—lui dis-je en pressant ses mains dans les miennes.
—Je ne sais; cela est venu peu à peu. Et ce que je ne comprends pas, c'est que chaque jour ma peine et mon plaisir augmentent. Et encore, non,—ajouta-t-elle en ayant l'air de s'interroger,—non... c'est plus que du plaisir que j'éprouve après l'instant de peine que votre présence m'a causée...
—Qu'est-ce donc?—lui demanda sa mère comme moi intéressée au dernier point.
—C'est,—dit-elle en hésitant,—c'est comme la conscience d'une bonne action que j'aurais faite... c'est comme si j'avais triomphé d'une méchante pensée.
—Mais cette pensée méchante... quelle est-elle? lui dis-je.
—Je ne sais, je crois que je n'en ai jamais eu,—me répondit-elle;—mais il me semble que cela doit faire le même mal.
Madame de Richeville et moi nous nous regardâmes en silence.
On annonça successivement madame de Semur, le duc et la duchesse de Grandval.