Alors comme il me semblait terne et glacé! avec quelle barbare ingratitude je dédaignais déjà les jours passés où j'avais goûté de si nobles jouissances!

Ce brusque changement était et est encore un problème pour moi.

J'aurais oublié mes devoirs pour M. de Rochegune,—me disais-je, que ses paroles ne seraient pas plus tendres, ses prévenances plus charmantes, ses soins plus délicats, ses empressements plus vifs.

Y aurait-il donc dans une faute, dans les remords qu'elle cause un attrait fatal? Y aurait-il dans les violentes agitations d'une conscience troublée une sorte de charme cruel et irrésistible? Ou bien enfin croyons-nous n'avoir absolument prouvé notre amour qu'en lui faisant le plus douloureux des sacrifices... celui de notre vertu, celui du repos de notre vie entière?

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J'étais encore amèrement humiliée en pensant que notre affection était peut-être profanée par moi seule, que M. de Rochegune aurait assez de volonté, assez de raison pour dompter ses passions, pour préférer un bonheur pur et durable aux angoisses d'un amour coupable et sans doute éphémère et méprisable.

Oui, méprisable, oui, éphémère... car la conscience d'une première faute a cela d'horrible, qu'elle fait germer le doute et la défiance de soi.

On a failli une fois aux résolutions les plus nobles, pourquoi n'y faillirait-on pas de nouveau?

On a cru d'abord à la domination de l'âme sur les sens, l'on s'est trompé... pourquoi ne se tromperait-on pas aussi sur la durée, sur la constance de l'amour qu'on éprouve?

Oh! encore une fois, il n'y a rien de plus horrible que l'idée de cette dégradation successive, pour ainsi dire logique, qu'une première déviation de la vertu doit fatalement entraîner.