CHAPITRE XIV.

L'AVEU.

L'on s'étonne peut-être de ce qu'alors je raisonnais comme si j'eusse été déjà coupable. C'est que je prévoyais que si M. de Rochegune était aussi faible que moi, je n'aurais pas la force de résister à mon penchant.

A ce moment donc les conséquences morales de cette faute vénielle étaient les mêmes; je faisais peu de différence entre la certitude de la commettre et le remords de l'avoir commise.

Je ne pouvais plus compter que sur la délicatesse, que sur l'honneur de M. de Rochegune; je ne songeai donc qu'à lui cacher à tout prix ce que j'éprouvais... Si j'étais devinée, j'étais perdue.

Je m'attendais à voir M. de Rochegune le lendemain de ce concert.

Il vint en effet sur les deux heures, et me pria de faire fermer ma porte.

Je le trouvai pâle, triste, accablé; ses traits avaient une expression de langueur touchante que je ne lui avais jamais vue.

Il s'agissait pour moi d'un moment décisif; ma destinée tout entière allait dépendre de ma résolution.