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Ces résolutions, tour à tour faibles et héroïques, avaient duré plusieurs jours.

Le départ de M. de Rochegune m'accablait, m'ôtait beaucoup de ma force. Cette absence me donnait une douloureuse idée de ce que serait ma vie sans lui.

J'en étais déjà venue à ne plus admettre cette hypothèse, j'aurais consenti à tout plutôt que de le perdre: j'espérais seulement obtenir de lui d'essayer encore de vivre près de moi comme par le passé, de tacher de se vaincre, dussions-nous pendant quelque temps renoncer aux douceurs de notre habituelle intimité.

Une fois placée dans l'alternative de le perdre ou de le suivre, que résoudre? le désespérer... lui toujours et depuis si longtemps dévoué... lui que j'aimais, que j'aimais de toutes les forces de mon âme... Le désespérer... lorsque d'un mot, d'un seul mot, en faisant le bonheur de sa vie... je réalisais l'idéal de la mienne... Non... non... jamais... Et j'étais sur le point de lui écrire... Venez... venez... partons...

Les heures, les jours, les nuits se passaient dans ces irrésolutions; peu à peu elles affaiblirent mon courage: bientôt... funeste symptôme, je n'osai plus interroger mon cœur, tant j'étais sûre de le voir me répondre en faveur de M. de Rochegune....

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M. de Rochegune avait donné à madame de Richeville une explication toute naturelle de son départ, en lui annonçant que quelques affaires importantes l'appelaient dans une de ses terres. J'avais prétexté moi-même une migraine violente pour rester seule le soir.

Un jour madame de Richeville, à qui j'étais allée faire ma visite habituelle, me dit qu'Emma, indisposée depuis quelques jours, se trouvait très-souffrante, elle était beaucoup plus absorbée qu'à l'ordinaire. Je demandai à la voir; elle reposait, je ne voulus pas la réveiller.

J'envoyai plusieurs fois Blondeau savoir de ses nouvelles, la journée se passa assez paisiblement.