Le lendemain de très-bonne heure, madame de Richeville entra chez moi; je fus frappée de l'altération de ses traits.

—Grand Dieu... qu'avez-vous?—lui dis-je.

—Emma m'inquiète au dernier point,—me répondit-elle;—j'ai passé la nuit près d'elle... Tout à l'heure, elle vient de s'assoupir un peu: je profite de ce moment pour venir... pour venir pleurer auprès de vous!—s'écria-t-elle en ne pouvant plus contenir ses larmes,—car devant elle je n'ose pas...—Et la pauvre mère se mit à sangloter.

—Mais rassurez-vous,—lui dis-je,—il ne peut y avoir rien de sérieux dans l'indisposition d'Emma. Hier que vous a dit votre médecin? Il n'en est pas de plus habile et de plus sincère...

—C'est justement parce qu'il est très-habile, et qu'il m'a avoué son ignorance au sujet de la maladie d'Emma, que je suis horriblement effrayée; il ne trouve aucune cause apparente à la langueur qui accable de plus en plus cette malheureuse enfant... Il lui trouve une fièvre lente et nerveuse; mais il avoue que d'un moment à l'autre... une crise violente peut éclater.

—Mais Emma souffre-t-elle?

—Non; elle le dit du moins, peut-être de crainte de m'affecter.

—Mais cette nuit qu'a-t-elle éprouvé? Pourquoi êtes-vous plus inquiète ce matin?

—Cette nuit elle a été très-agitée... Hier soir, je me suis établie près d'elle... elle allait mieux. Son visage était pâle, mais calme; elle ne dormait pas. Je lui ai proposé de lui lire une méditation de M. de Lamartine, elle m'a tendrement remerciée; après m'avoir écoutée, elle m'a dit avec cette grâce naïve qui n'appartient qu'à elle: «Mon Dieu, quelle douceur dans ces vers admirables! Merci! oh! merci, je me sens mieux... il me semble que je suis moins oppressée; mais puisque le langage de l'âme me fait tant de bien... c'est donc l'âme que j'ai malade?»

—Pauvre enfant!—dis-je à madame de Richeville,—cela est étrange.