—Vous n'êtes pas venu ici pour railler misérablement, monsieur... Vous avez sans doute un grave motif pour m'imposer une entrevue si pénible... Veuillez l'abréger.
—Attendriez-vous M. de Rochegune, par hasard?
La rougeur me monta au front; je ne répondis pas.
—Je serais d'ailleurs,—reprit-il,—enchanté de le revoir, et lui aussi serait charmé de cette rencontre. Voilà ce qu'il y a d'agréable dans les positions franches! voilà l'avantage des relations vertueuses et platoniques; personne n'est embarrassé, ni la femme, ni l'amant, ni le mari.—Puis, jetant un regard autour de lui, il ajouta:—Mais savez-vous que vous êtes parfaitement établie ici? c'est tout à fait solitaire et mystérieux.
—Encore une fois, monsieur, puis-je savoir ce que vous désirez de moi?
Sans me répondre, M. de Lancry m'examina attentivement et dit:
—Vous êtes fort en beauté, votre condition de femme abandonnée vous sied à merveille; il me paraît que vous avez pris votre parti. Pas le moindre attendrissement, pas la moindre émotion, pas même l'expression de la haine, pas un reproche... Un impatient mépris, voilà tout ce que ma présence vous inspire après plus de trois ans de séparation.
—S'il en est ainsi, monsieur, vous sentez que j'ai hâte de finir cet entretien, dont je ne comprends ni le but ni le motif.
—Je conçois parfaitement cet empressement, quoiqu'il soit aussi peu flatteur que peu... moral et... conjugal; car enfin, ma chère amie... vous êtes ma femme... n'oubliez pas donc cette circonstance, tout insignifiante qu'elle vous semble peut-être.
—Grâce au ciel, monsieur, je l'ai oublié; il faut votre présence pour me le rappeler.